L’organisation des élections: La prétendue solution aux
maux d’Haïti.
Haïti se trouve dans
une situation on ne peut plus difficile. La majeure partie de la population
peine à survivre, tant qu’elle est exploitée et dominée. Les quelques mouvements
revendicatifs visant à réclamer de meilleures conditions de vie sont souvent restés
sans suite. Comme recette magique à cette situation, des acteurs tant sur l’échiquier
national qu’international prônent soit l’organisation des élections soit le
respect de la durée du mandat des élus[1].Ce faisant, ils réduiraient les problèmes
d’ordres structurels et conjoncturels que connait le paysà une simple question
politique ou plus précisément d’élections. Ainsi, nous allons nous évertuer à mettre
en exergue cette démagogie qui ne fait que mystifier et « zombifier »
la population sur les vrais problèmes du pays qui résident en grande partie dans
le système inégalitaire qui gangrène le pays depuis son indépendance.
Depuis quelques
temps, en Haïti, le débat tourne autour du mandat du président impopulaire Jovenel
Moise, pour savoir s’il doit partir le 7 février 2021 ou le 7 février 2022.
Mais, à regarder de plus près la situation, il y a un
certain point commun entre les deux positions affichées. En effet, peu importe
le camp dans lequel ils se retrouvent, les gens attendent presque tous
l’organisation de nouvelles élections. On suppose qu’ils ont chacun leur propre
objectif. Si pour certains, l’organisation des élections, sera une occasion en
or de s’enrichir davantage. D’autres au
contraire, veulent à tout prix accaparer le pouvoir afin qu’ils puissent
couvrir leurs arrières. Mais, rares sont ceux qui souhaitent vraiment devenir des
artisans d’un véritable changement. Autant dire que ce qui compte serait d’aller
aux élections[2] sans vraiment prendre en compte les contradictions et les antagonismes
de la société qui sont à la base de la situation actuelle du pays et d’en
prendre la décision d’agir en conséquence.
C’est le même son de cloche du côté de la communauté
internationale. Au nom d’une prétendue démocratie, elle ne jure que par
l’organisation d’élection libre, honnête et démocratique. Tous ces
qualificatifs trahissent déjà un malaise. En revanche, elle se fiche de la corruption,
de la misère qui frappe de plein fouet les familles haïtiennes, elle se fiche
de tout, sauf de l’élection[3]. Pour ces pays dits « amis d’Haïti », la démocratie se résumerait uniquement à une question d’élection. Ils oublient
peut-être qu’il ne peut pas y avoir de démocratie sans un État de
droit, une justice forte, la promotion et le respect des droits fondamentaux de
la personne humaine pour n’en citer que ces éléments-là. Souvent, ils profitent
de leurs soi-disant apports financiers et techniques pour mieux dicter aux autorités
leur volonté en ce qui concerne les candidats qui doivent être élu ou pas[4].
Au fait, le déroulement des élections en Haïti
est souvent entaché de fraudes, de malversations, du marchandage et des
compromis etc. Les partis politiques qui font objet de ces joutes électorales,
malheureusement, sont mal organisés. Ils pullulent à travers le pays.Dans la
plupart des cas, ils sont créés dans une perspective entrepreneuriale. Ainsi,
ils profitent de la période électorale pour vendre leur bannière aux plus
offrants. Ces partis-là n’ont aucune vision politique réelle ou une quelconque idéologie.
Les candidats quant à eux, ont souvent recours à l’argent et aux armes pour pouvoir
gagner frauduleusement les compétitions électorales. La plupart d’entre eux
n’ont pas de programmes, ils n’ont que des slogans. Les quelques-uns qui en ont,
ne les détiennent que de manière superficielle. À cet
égard, l’on devrait se demander en quoi les élections en Haïti
contribuent-elles à l’amélioration des conditions de vie de la population
haïtienne ?
Durant ces cinquante dernières années, des
dirigeants de divers horizons ont brigué les postes électifs dans le pays et se
réclament comme progressistes, révolutionnaires politiques ou économiques, mais
en réalité, ils n’ont rien apporté de bon pour le pays. Ils ne font que
s’enrichir au détriment de la population. L’on pour ainsi dire, assiste à la paupérisation
des classes moyennes. Les couches les plus défavorisées végètent dans la misère
la plus abjecte. Un bref coup d’œil rétrospectif du bilan de ces cinquante dernières
années peut justifier notre position.
Depuis les années 70 à nos jours, certaines décisions
de nos dirigeants-es ne font que contribuer à l’anéantissement de la
culture caféières, l’appauvrissement de la masAse paysanne, la flambée des prix des
produits exotiques, la dégringolade constante ou la chute vertigineuse de la
gourde, la misère et ses corollaires, l’expropriation et l’exploitation à
outrance, l’institutionnalisation des gangs, l’affaiblissement de
l’agriculture, l’immigration de nombreux compatriotes dans les villes et à l’étranger,
le massacre des cochons créoles, la réduction des tarifs douanières, la
privatisation des entreprises publiques, l’annulation des subventions et
politiques à caractère social, l’inflation, la dilapidation des fonds de la
CIRH et du PETROCARIBE, l’anéantissement de l’avenir de la jeunesse haïtienne,
la liste aurait pu s’allonger.
Notre cas n’est pas perdu. Et, nous en sommes
convaincus. Les maux du pays ne sont autres que le fruit des agissements des
acteurs tant nationaux qu’internationaux. De ce fait, ce n’est pas une fatalité
ou du moins notre terre qui est maudite. De même que des actions nous ont engouffrés
dans ce pétrin, de même nos actions peuvent changer la donne. Etant donné que,
l’État comme l’a si bien dit le Professeur Jean Casimir[5]
n’était jamais l’État des Haïtiens mais plutôt celui d’Haïti, il faut que cela change. Et
pour cela, il faut que la majorité de la population cesse de jouer le rôle de subalterne
sur la scène politique[6]
et prendre son destin en main. Par le fait que, la
coalition des classes dominantes a souvent réussi à mettre en déroute les perspectives
des classes dominées[7], il faut que nous soyons sur nos gardes pour que cela ne se reproduise
plus. Aussi faut-il que nous nous organisions mieux. Car, la transformation
socialene se fait ni par verbalisme ni par activisme, mais plutôt d’une praxis,
c’est à dire d’une réflexion et d’une action dirigées sur les structures qui
doivent être transformées[1].
Frantz
TOUSSAINT
Email : toussaintfran07@gmail.com
[1] A titre d’exemple, on peut considérer les maintes recommandations du Core groupe à respecter le temps électoral face aux diverses protestations contre la corruption durant la présidence de Jovenel Moise.
2 Nous
n’ignorons pas que les élections sont décisives pour l’avenir du pays, mais
nous sommes en train de mettre en exergue l’insouciance de ces acteurs face aux
problèmes cruciaux du pays. Ils se focalisent seulement sur les postes à
pourvoir et les privilèges qui en découlent.
3 C’est
tout à fait logique, car c’est à partir de ces élections qu’on va placer les
marionnettes qui lècheront leur botte à la première occasion.
4 Ce
fut le cas lors des élections de 2011 et de 2016.
5 Voir
les écrits du professeur.
6 Voir
l’article du professeur Jean Anil Louis-Juste, - Haïti : Éclipse
socio-politique de la paysannerie ou Présence politique subalterne des paysans,
http://www.alterpresse.org/spip.php?article1566 jeudi 12 août 2004.
7 Voir Michel Hector in crise et mouvement populaire
en Haïti, 2006.
8 Lire
Paulo Freire in la pédagogie des opprimés, 1970.




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