Négation des droits de l’homme au sein du système
démocratique haïtien
l’homme prise
dans le contexte ayitien ?
Un peu d’analyse
autour de cette dyade, le contexte de l’adaptation de la Démocratie comme
système politique en Ayiti et la situation des droits de l’homme en Ayiti se
révèle alors nécessaire. Tirée de son acception originelle, l’approche la plus simple
et la plus puisée du concept de Démocratie est : « le gouvernement du peuple,
pour le peuple et par le peuple ». Elle serait un mode d’organisation sociale
et politique qui favorise l’implication des individus en leur garantissant des
prérogatives sur base méritoire. Il nous semble que c’est sur ce principe que
se sont statués les rédacteurs de la DUDH pour faire expressément de celle-ci,
notamment dans l’article 29-2, le système politique facilitant le mieux la jouissance
des droits sociaux.
En effet, le
couple Démocratie et droits de l’homme est très répandu. Dans la théorie de la
paix idéale, dénommée « paix à 3D», au côté du concept de Développement durable,
la Démocratie, ralliée aux droits de l’homme, est présentée comme condition
politique indispensable à toute stabilité (paix).
Boutros
Boutros-Ghali, secrétaire général de l’ONU (1 janvier 1992- 31 décembre 1996),
dans son article « Démocratie et droits de l’homme » paru dans les colonnes du
« Monde diplomatique d’octobre 1993 », suit la démarche selon laquelle, la
Démocratie et les droits de l’homme étant indissociables, leurs promotions ne
peuvent se faire que conjointement.
Elles sont
nombreuses, les approches qui proposent cette articulation comme facteur
existentiel idéal. S’il est vrai que la Démocratie soit présentée comme condition
nécessaire au respect des droits de la personne, celui-ci, même dans les
sociétés présentées comme bastion de la Démocratie, reste fragile(cf. :Informations
sur les droits humains par pays – vue d’ensemble). Tout en rappelant qu’elle a
été adoptée en Ayiti pour renouer, dans une certaine mesure, les droits sociaux
vandalisés par le régime des Duvalier (1957-1986), il importe de faire
remarquer que plus de trois
décennies après, il n’y a pas eu de réel progrès ; néanmoins, Ayiti est l’un
des premiers pays à avoir sacralisé le respect de la dignité humaine et l’accès
effectif à la liberté. Certes, la Constitution de 1987 et les lois de la
République consacrent certains acquis démocratiques, mais, de fait, la
situation demeure inquiétante. Certains parlent de la déroute de la Démocratie
en Ayiti, d’autres de son inadéquation aux réalités socio-culturelles du pays.
Les points de vue sont en fait divers. Mais, ce qui est visible, le système
post-dictatorial n’a pas apporté les améliorations attendues en matière de
développement, de stabilité, voire
de respect de droits humains.
Traitant de la
relation existant entre culture et développement, le professeur Jean Yves Blot,
dans son ouvrage titré « Introduction à l’Anthropologie », après avoir présenté
les quatre composantes de la culture, fait remarquer qu’il ne peut exister de
développement réel sans une prise en compte des réalités socio-historiques. De
ce fait, la mise en place d’un système politique devant faciliter la bonne
gestion de la cité, en créant les conditions de bases à l’amélioration du
niveau de vie voire au développement (acception premier du concept de politique),
doit être inévitablement un jumelage entre structure étatique et réalité
sociologique.
Alors, serait-ce la non prise en compte des
réalités culturelles ayitiennes souvent critiquées aux décideurs qui expliquent
ce décalage, très souvent fait remarquer, entre les politiques publiques et
mêmes certaines normes et la population en elle-même
? L’amélioration des conditions de vie
est une preuve fondamentale de
progrès en matière de droits humains. Qu’il s’agisse : des droits civils et
politiques (droit de la première génération) et des droits sociaux, économiques
et culturels (droits de la deuxième génération) pour lesquels il existe des
textes d’une certaine universalité ; ou des droits de la solidarité (droits de
la troisième génération) et des droits des personnes
vulnérables tels les handicapés, les personnes âgées et les enfants (droits de
la quatrième génération) pour lesquels il n’en existe pas encore qui les
énoncent dans leur ensemble, la fiabilité qu’ils visent est la réalisation de
l’individu tout en respectant les principes liés à ses qualités d’être social.
Il est
regrettable de faire remarquer que, pris globalement, tous ces principes de
droits humains sont soit bafoués, soit piétinés ou dénaturés à un niveau ou à un
autre, durant l’ère démocratique en Ayiti et surtout durant ces cinq dernières
années. Les différents rapports d’organismes de droits humains nationaux comme
ceux de la RNDDH, et internationaux comme celui d’octobre 2019 de l’Amnistie
internationale, celui d’avril 2019 du Haut-commissariat des Droits de l’homme
(HCDH) et autres rapports sur Ayiti, illustrent, hélas, bien cette réalité. Il
s’ensuit que : l’introduction du choléra en Ayiti et leur cas de viol recensés
accompagnés de la non prise en charge effective des victimes par l’ONU ; les différents
massacres qui se sont perpétrés surtout ces trois dernières années ; les
répressions et brutalités policières ; la détérioration radicale des conditions
de vie de la majorité de la population ; l’atteinte à la sureté de la vie à laquelle aurait
participé l’appareil étatique (le cas des sept mercenaires en février 2018), le
massacre de La Saline ; le non accès aux services de bases (l’insécurité sur
toutes ses formes) … prouvent qu’on est en présence d’atteinte grave aux droits
sociaux. Si certains organismes de droits humains tant nationaux qu’internationaux
parlent de violation flagrante, les réalistes diront qu’il s’agit d’une
négation systémique à outrance.
C’est en effet, la
compréhension de Kermens Semervil, jeune ambassadeur de paix en Ayiti, sur la
question lorsqu’il déclare : « Quand les violations sont inscrites dans un
cadre politique délibéré et sont contrôlées et organisées, dans certains cas,
par l’État, il ne s’agit plus de violation en tant que telle, mais de négation
».
En définitive,
entre déroute, inadéquation et mise en place boiteuse, le constat d’échec de
cette Démocratie en Ayiti peut-être décrit. C’est aussi celui de l’ONU et de la
Communauté appelée internationale qui n’ont pas su et/ou pu aider, après plus
de trente ans de Démocratie, du moins, à restaurer les droits de l’homme. Il
est alors un impératif de s’interroger sur les causes de ces échecs et sur les
susceptibles mécanismes de redressement.
Ainsi,
faudrait-il bien, nous semble-t-il, pour créer les conditions de bien-être et
de jouissance de droits sociaux, que la culture ayitienne, évidemment qui doit être objet
d’une certaine adaptation à la modernité, soit centrale dans tout projet.
Dawoodson RAVIN,
Etudiant en Relations Internationales/ INAGHEI
dawoodsonravin@gmail.com
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