Négation des droits de l’homme au sein du système démocratique haïtien


Négation des droits de l’homme au sein du système démocratique haïtien

Les droits de l’homme sont sujets de réflexions philosophique et politique depuis le XVIII siècle. Il fallait toutefois attendre l’après seconde guerre mondiale pour qu’ils soient véritablement reconnus compte tenu de sa portée universelle à travers la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) de 1948. Il est admis qu’au-delà de toutes différenciations d’ordre ethnique et culturel ou de régime politique en vigueur - tout type de société ou de communauté inclus¬-, l’être humain détient certaines prérogatives indissociables à sa nature. La prise en compte de regroupement humain et de mode d’organisation divers n’empêche pas que la Démocratie soit considérée comme étant le système qui favorise le plus le respect des droits de la personne.  Qu’en est-il de cette articulation entre Démocratie et droits de
l’homme prise dans le contexte ayitien ?

Un peu d’analyse autour de cette dyade, le contexte de l’adaptation de la Démocratie comme système politique en Ayiti et la situation des droits de l’homme en Ayiti se révèle alors nécessaire. Tirée de son acception originelle, l’approche la plus simple et la plus puisée du concept de Démocratie est : « le gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple ». Elle serait un mode d’organisation sociale et politique qui favorise l’implication des individus en leur garantissant des prérogatives sur base méritoire. Il nous semble que c’est sur ce principe que se sont statués les rédacteurs de la DUDH pour faire expressément de celle-ci, notamment dans l’article 29-2, le système politique facilitant le mieux la jouissance des droits sociaux.
 
En effet, le couple Démocratie et droits de l’homme est très répandu. Dans la théorie de la paix idéale, dénommée « paix à 3D», au côté du concept de Développement durable, la Démocratie, ralliée aux droits de l’homme, est présentée comme condition politique indispensable à toute stabilité (paix).
Boutros Boutros-Ghali, secrétaire général de l’ONU (1 janvier 1992- 31 décembre 1996), dans son article « Démocratie et droits de l’homme » paru dans les colonnes du « Monde diplomatique d’octobre 1993 », suit la démarche selon laquelle, la Démocratie et les droits de l’homme étant indissociables, leurs promotions ne peuvent se faire que conjointement.

Elles sont nombreuses, les approches qui proposent cette articulation comme facteur existentiel idéal. S’il est vrai que la Démocratie soit présentée comme condition nécessaire au respect des droits de la personne, celui-ci, même dans les sociétés présentées comme bastion de la Démocratie, reste fragile(cf. :Informations sur les droits humains par pays – vue d’ensemble). Tout en rappelant qu’elle a été adoptée en Ayiti pour renouer, dans une certaine mesure, les droits sociaux vandalisés par le régime des Duvalier (1957-1986), il importe de faire remarquer que plus de trois décennies après, il n’y a pas eu de réel progrès ; néanmoins, Ayiti est l’un des premiers pays à avoir sacralisé le respect de la dignité humaine et l’accès effectif à la liberté. Certes, la Constitution de 1987 et les lois de la République consacrent certains acquis démocratiques, mais, de fait, la situation demeure inquiétante. Certains parlent de la déroute de la Démocratie en Ayiti, d’autres de son inadéquation aux réalités socio-culturelles du pays. Les points de vue sont en fait divers. Mais, ce qui est visible, le système post-dictatorial n’a pas apporté les améliorations attendues en matière de développement, de stabilité, voire de respect de droits humains.

Traitant de la relation existant entre culture et développement, le professeur Jean Yves Blot, dans son ouvrage titré « Introduction à l’Anthropologie », après avoir présenté les quatre composantes de la culture, fait remarquer qu’il ne peut exister de développement réel sans une prise en compte des réalités socio-historiques. De ce fait, la mise en place d’un système politique devant faciliter la bonne gestion de la cité, en créant les conditions de bases à l’amélioration du niveau de vie voire au développement (acception premier du concept de politique), doit être inévitablement un jumelage entre structure étatique et réalité sociologique. 

Alors, serait-ce la non prise en compte des réalités culturelles ayitiennes souvent critiquées aux décideurs qui expliquent ce décalage, très souvent fait remarquer, entre les politiques publiques et mêmes certaines normes et la population en elle-même ?  L’amélioration des conditions de vie est une preuve fondamentale de progrès en matière de droits humains. Qu’il s’agisse : des droits civils et politiques (droit de la première génération) et des droits sociaux, économiques et culturels (droits de la deuxième génération) pour lesquels il existe des textes d’une certaine universalité ; ou des droits de la solidarité (droits de la troisième génération) et des droits des personnes vulnérables tels les handicapés, les personnes âgées et les enfants (droits de la quatrième génération) pour lesquels il n’en existe pas encore qui les énoncent dans leur ensemble, la fiabilité qu’ils visent est la réalisation de l’individu tout en respectant les principes liés à ses qualités d’être social.

Il est regrettable de faire remarquer que, pris globalement, tous ces principes de droits humains sont soit bafoués, soit piétinés ou dénaturés à un niveau ou à un autre, durant l’ère démocratique en Ayiti et surtout durant ces cinq dernières années. Les différents rapports d’organismes de droits humains nationaux comme ceux de la RNDDH, et internationaux comme celui d’octobre 2019 de l’Amnistie internationale, celui d’avril 2019 du Haut-commissariat des Droits de l’homme (HCDH) et autres rapports sur Ayiti, illustrent, hélas, bien cette réalité. Il s’ensuit que : l’introduction du choléra en Ayiti et leur cas de viol recensés accompagnés de la non prise en charge effective des victimes par l’ONU ; les différents massacres qui se sont perpétrés surtout ces trois dernières années ; les répressions et brutalités policières ; la détérioration radicale des conditions de vie de la majorité de la population ; l’atteinte  à la sureté de la vie à laquelle aurait participé l’appareil étatique (le cas des sept mercenaires en février 2018), le massacre de La Saline ; le non accès aux services de bases (l’insécurité sur toutes ses formes) … prouvent qu’on est en présence d’atteinte grave aux droits sociaux. Si certains organismes de droits humains tant nationaux qu’internationaux parlent de violation flagrante, les réalistes diront qu’il s’agit d’une négation systémique à outrance.

C’est en effet, la compréhension de Kermens Semervil, jeune ambassadeur de paix en Ayiti, sur la question lorsqu’il déclare : « Quand les violations sont inscrites dans un cadre politique délibéré et sont contrôlées et organisées, dans certains cas, par l’État, il ne s’agit plus de violation en tant que telle, mais de négation ».

En définitive, entre déroute, inadéquation et mise en place boiteuse, le constat d’échec de cette Démocratie en Ayiti peut-être décrit. C’est aussi celui de l’ONU et de la Communauté appelée internationale qui n’ont pas su et/ou pu aider, après plus de trente ans de Démocratie, du moins, à restaurer les droits de l’homme. Il est alors un impératif de s’interroger sur les causes de ces échecs et sur les susceptibles mécanismes de redressement.

Ainsi, faudrait-il bien, nous semble-t-il, pour créer les conditions de bien-être et de jouissance de droits sociaux, que la culture ayitienne, évidemment qui doit être objet d’une certaine adaptation à la modernité, soit centrale dans tout projet.

Dawoodson RAVIN,
Etudiant en Relations Internationales/ INAGHEI
dawoodsonravin@gmail.com



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