Lorsque la communication politique est au rabais,
l’espace politique règle tout
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internet toujours plus omniprésent et indispensable au quotidien et la
fulgurante progression de la numérisation de notre monde, la croissance de la
société de la communication s’accélère. Ces évolutions touchent le champ
politique et les acteurs subissent ses effets ou cherchent à en faire subir
d’autres au profit des rapports de force qu’ils souhaitent établir.
L’extension
de la politisation de l’espace public avec la démocratisation qui ne cesse de
s’étendre, finit par absorber la société civile dont le rôle est désormais
diminué. Inséparable de la communication, l’espace politique devient le centre
grandissant qui englobe l’espace public et la société civile au point de créer
une zone intermédiaire entre celle-ci et l’Etat.
L’espace
public, espace symbolique où se tiennent et s’agitent les discours pour la
plupart contradictoires, tenus par les différents acteurs politiques,
intellectuels, culturels, religieux, sociaux aboutit à une certaine confusion
avec l’espace politique, ce qui établit automatiquement la fin de la frontière
entre la vie publique et la vie privée. On peut remarquer que certains thèmes
comme le chômage, l’éducation, l’emploi, la sécurité, l’immigration ont
tendance à perdre leur place dans la sphère publique. Autrement dit, entre les
interfaces public/privé ; société civile/espace public ; espace
public/espace politique, la politisation est constante. Etant donné qu’il
devient difficile de distinguer le rôle et les enjeux de ces interfaces, la
communication politique ne parvient plus à maintenir leur autonomie étant au
cœur de notre soi-disant système démocratique fragilisé dont l’acquis est
récent.
En
effet, l’égalité politique par le suffrage universel aboutit à des inégalités,
une certaine hiérarchie entre l’électeur et l’élu et met fin à la
responsabilité sociale du second, médiocre et incapable après le vote dans un
environnement sociopolitique marqué par sa faillite et dont l’arrogance
intraitable, trop visible aujourd’hui grâce aux micros des journalistes
parvient à tuer l’espace public comme étant le lieu de débats contradictoires.
Par
ailleurs, bénéficiant d’une médiatisation sans limite et d’une représentativité
omniprésente, l’acteur politique devient légitime devant l’espace public
médiatisé, puisque la logique de ce processus de publicisation démocratique
c’est de le rendre visible, connu et important. Les médias, en sacralisant son discours, semblent par-là
provoquer un certain déséquilibre en n’établissant aucun critère au nom duquel
il faut donner la parole (le micro), puisque la communication requiert
elle-même une logique de représentativité. Les médias ou les journalistes
devraient être en mesure de l’évaluer en finissant un peu avec la
représentativité assurée par l’élection en vue d’atténuer l’émergence de la « politique
sauvage » avec pour complément le populisme, contestant la politique
institutionnelle et dont le risque constant met en cause l’efficacité de
la communication politique.
L’individu,
le citoyen, perdu dans la taille et le nombre de ses soucis et de ses
problèmes, se trouvant placé au centre du système politique, quoique souverain
et libre, n’a aucune capacité d’action sur les grandes décisions. Il devient en
réalité seul et sans pouvoir, il ne s’identifie plus aux discours des décideurs
et n’arrive pas à comprendre les ressorts de leurs comportements à travers
l’action publique. Vu que l’acteur politique conçoive son action et ses préférences politiques à travers une logique de bénéfices, il agit
en fonction d’un intérêt particulier clairement identifié débouchant sur une
stratégie parfaitement incohérente à ses obligations. Et, loin d’affirmer ses
objectifs fixés, une fois pour toutes, il n’hésitera pas à modifier ses buts en
fonction de ses privilèges, à jouer avec le temps, lui permettant d’avancer ses
intérêts. Et ici, pour y remédier , ces
attitudes devront conduire en définitive à une modification des codes de
l’action politique où les citoyens devront se transformer en acteurs, tenus
désormais de maitriser un double langage : d’un côté, celui de
l’affrontement idéologique qui établit une opposition radicale avec les
manœuvres politiciennes et de l’autre, il faut qu’ils soient en mesure de
s’exprimer dans le langage des politiques publiques, mettant l’accent sur les
limites des choix politiques et l’ampleur des contraintes.
Il est
donc urgent de repenser la communication politique en identifiant les menaces
qui planent sur le système démocratique que nous n’arrivons pas encore à
instaurer véritablement dans le cadre
d’une guerre de l’information désormais ouverte.
Jackson MERINOR,
Politologue en formation

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